Le coin du cinéphile

Published on juillet 12th, 2017 | by Jeremie Marchetti

0

#407. PSYCHOSE MEURTRIÈRE. Chris Walas,1992

Disparu il y a peu, Bill Paxton est resté pour beaucoup comme un sacré trublion passe-partout, dont l’inoubliable sourire de douchebag aura traversé autant de blockbusters – en bon fidèle de James Cameron – que de séries b branques. Avant son redoutable Emprise, hommage tordu à La nuit du chasseur, son ascension au royaume du vidéo-club au début des 90’s fut à ce titre assez spectaculaire. Tellement, que l’on aura totalement oublié cette cargaison où se croisent par exemple les improbables Le souffle du futur, Sanglante Paranoïa ou encore The Dark Backward. Tout juste à côté du film d’Adam Rifkin sus-cité (ou il n’a cependant qu’un second rôle), il régale le haut de l’affiche de l’incroyable The Vagrant, retiré chez nous Psychose Meurtrière, titre de thriller de samedi soir ne reflétant absolument pas du tout le contenu de cette comédie d’horreur 100 % chaos.

Cadre à la vie particulièrement étroite, Graham attend patiemment sa promotion dans un bureau de pisse-froid, quant il n’est pas collé à son flip-phone. Bref, Graham est un yuppie dans l’attente du rêve américain. «Vous avez appelé le bureau du bonheur, ne quittez pas» comme dirait l’autre. Pour commencer son ascension, rien ne vaut un lit douillet: il projette donc de s’acheter une coquette propriété. Pressé, il jette son dévolu par défaut sur une bicoque sans intérêt. En plein déménagement, il se rend compte qu’un clochard du coin, le dit «vagrant» du titre V.O., a pris l’habitude de passer régulièrement dans la maison. Gigantesque, monstrueux, difforme, bruyant et volontiers agressif, le SDF traumatise tellement le brave col cravate que celui-ci en devient paranoïaque. Bien sûr, les voisins, les flics, le meilleur pote ou la petite amie, s’empressent de le rassurer. Jusqu’au jour où une voisine est retrouvé découpée en rondelle dans une poubelle. Et si Graham, en pleine crise d’angoisse, était peut-être plus dangereux que le vagabond cradingue?

Derrière la caméra de ce mélange de genre épicé, Chris Walas, maquilleur de talent à qui l’on devait les créatures de Gremlins et les transformations de La Mouche, s’en tire comme un chef. Beaucoup mieux d’ailleurs que dans La mouche 2, séquelle honnête mais inutile qui avait marqué quelques millenials avec la mise à mort inoubliable d’un toutou mutant. Comme dans un bon vieux Polanski, mais avec un rythme proche du cartoon, Walas malmène un Bill Paxton au bord (ou en plein dedans) de la crise de nerfs, terrifié par ce qui pourrait être comme le SDF le plus flippant de toute l’histoire du cinéma! Au jeu de la marelle référentielle, on passe d’ailleurs en toute cohérence de Polanski à Kafka, tant les péripéties de ce cadre piétiné par la société (humilié par les mecs, castré et violé par les femmes) pourrait être un héros du célèbre écrivain. Quant au patronyme tchèque, Graham Krakowski, impossible d’y voir un simple hasard…

Pas non plus du genre à nous refaire The Tenant à L.A , The Vagrant exploite à fond du sujet, quitte à se perdre un peu dans sa folie, avec un changement d’atmosphère volontiers déstabilisant. Michael Ironside en inspecteur de police presque plus détestable que le bad guy crasseux, y ajoute son grain de sel de vieux salopard. La dégringolade finale, elle, lorgne carrément du côté de Tobe Hooper, avec poursuite sanglante et train fantôme en papier mâché. Carrément réjouissant et franchement inquiétant, The Vagrant n’a clairement jamais mérité ce mépris venu d’un autre monde.

PartagezShare on Facebook0Tweet about this on TwitterShare on Tumblr0Pin on Pinterest0Share on Google+0Email this to someone

Tags: ,


About the Author

Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑