Le coin du cinéphile

Published on mai 14th, 2017 | by Jeremie Marchetti

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#402. REGARDE LA MER. François Ozon, 1997

Seule sur l’île d’Yeu, Sasha, une jeune femme anglo-saxonne, attend le retour de son mari, son bébé au bras, dans une maison isolée. Il fait beau, il fait chaud, l’ennui prédomine. Un jour, Tatiana, une routarde, demande à Sasha d’emprunter son jardin pour installer sa tente. D’abord brusquée, Sasha tente tout de même d’aller à la rencontre de cette femme solitaire, un peu sauvage, obscure, grave et téméraire. Et ça finira mal, si mal…

«Ozon n’est pas Ozu, Regarde la mer aurait dû s’appeler Regarde la merde» aurait dit Godard. Preuve qu’il ne s’est pas contenté de filmer (parfois) des conneries, il en a dit pas mal aussi. Mais la formule est chaos, irrésistible, et on préférera s’en amuser. L’objet du délit lui, fait taire cependant tous les rires: François Ozon passait à l’époque à une étape majeure, un film plus long, après une bonne dizaine de courts-métrages. Des curiosités où valsent les ombres de Eros et Thanatos, l’envie de revenir peut-être vers un cinéma abrasif comme dans les 70’s (Fassbinder et compagnie) et une fascination évidente pour la fluidité sexuelle. À l’époque, Regarde la mer, qui ne dure qu’une quarantaine de minutes, sort en salles accompagné d’Une robe d’été, son antithèse solaire. Ozon se fait remarquer, continuera à irriguer ses obsessions dans des titres plus (Sitcom, Gouttes d’eau sur pierres brûlantes) ou moins réussis (Les amants criminels, intéressant mais raté), avant de s’embourgeoiser en bonne et due forme. Est-il pour autant moins bon? Pas forcément. Juste plus sage, plus grand public. De temps à autre, on retrouve ce petit goût malaisant, cette proportion aux intrigues tordues, cette perversité.

Interpellé par son court Bien sous tout rapport (et sa famille voyeuriste), François Ozon entraîne Marina de Van dans sa spirale, pour une collaboration qui stoppera en 2000 avec Sous le sable. Inutile de dire que ces deux là devaient se nourrir allégrement, d’un univers scabreux à un autre. La preuve en est dans ce Regarde la mer, qui n’aurait pas eu la même saveur sans la présence de la De Van, qui engloutie ce qui aurait pu être un conte moral à la Rohmer.

Dans un calme anxiogène, Regarde la mer confronte une mère lumineuse à une ogresse, hallucinante Marina De Van au comportement inattendu, glaçant, en totale décalage avec tout ce qui l’entoure. Que veut-elle donc cette vampire de la route, engoncée dans ses vestes en plein été, caressant les tombes ouvertes et observant religieusement le bébé de son hôte? Ozon multiplie les pistes, les détails, met mal à l’aise autant par l’image (le coup de la brosse à dents dans les chiottes qui n’a pas échappé à Jean Luc donc) que les mots (incroyable dialogue en plans serrés dérivant sur les zones les plus grises de l’accouchement), s’aventure dans de beaux coins troubles et rarement explorés (la sexualité d’un maman délaissée, découvrant alors des sous-bois orgiaques comme les filmera plus tard Guiraudie) mais n’explique rien et laisse l’imagination courir. Un vrai film d’horreur, sans codes de films d’horreur, qui nous laisse là, dans un inconfort total. Regarde le chaos, c’est par là.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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