Le coin du cinéphile

Published on janvier 3rd, 2017 | by Jeremie Marchetti

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#371. RAPTURE. John Guillermin, 1965

rapture1Quand on découvre, ébahi, Rapture, on est très vite frappé par deux choses: comment a t-on pu passer à côté d’un film pareil? Et surtout, comment la Fox a t-elle pu donner le feu vert à un tel projet, mélo certes, mais mélo chaos quand même?

Pour la première interrogation, il suffit de découvrir la réception critique, du moins en France, lamentable: Rapture est trop sombre, trop virtuose, trop bizarre, trop tordu. A une époque où l’on narguait un réalisateur comme Gabriel Albicocco (Un Cœur Fou, 1969), difficile d’être surpris. Pour le reste, on mise sur l’envie de donner un Lolita un peu «autre» placé du côté féminin, mais c’est surtout le souvenir et le succès des Dimanches de Ville d’Avray qui revient à notre bon souvenir. Un classique lui-aussi malmené par le temps, où un soldat en morceaux et une petite fille s’aimaient d’un amour platonique et interdit. C’était étrange, beau, cotonneux et probablement impossible à tourner aujourd’hui.

C’est pourtant ce noir et blanc superbe et dense, et surtout la même jeune actrice, que l’on retrouve dans Rapture. Elle d’ailleurs, c’est Patrizia Gozzi, une comète, un joyau. Un regard de bille, un jeu d’une intensité frémissante, un talent insensé. Une étoile chaos qui quittera le monde du cinéma après les 70’s. Du haut de ses 15 ans, il faut dire qu’elle donne tout dans Rapture en adolescente borderline, presque femme mais toujours petite fille, enfermée dans sa coquille, portée par les vagues, effrayée du monde qui l’entoure. Pour faire apparaître la fantaisie dans un paysage morne, elle construit un épouvantail, sous l’œil blasé et amer de son vieux papa. Un soir d’orage, un homme en fuite (Dean Stockwell, jeunot, en mode James Dean) pénètre dans le jardin. Pour la jeune Agnes, son épouvantail est devenue l’homme dont elle rêvait. Et le cauchemar d’un père.

Au travers du corps d’une adolescente perturbée, Rapture chante tour à tour l’éveil sexuel, la passion, le désir. C’est certainement étonnant pour un film de studio, mais ça l’est davantage lorsqu’on découvre que John Guillermin se trouve derrière la caméra, alors faiseur certifié à qui l’on doit autant de gros budgets classieux (La tour infernale, Mort sur le Nil, L’extase et l’agonie…) que boiteux (les deux King Kong ou Sheena reine la jungle). Rien ne laisse présager la présence du bonhomme aux commandes d’une telle oeuvre, mêlant la virtuosité opératique d’un Truffaut (alerte Delerue) aux ombres torturées de Bergman. Le film va jusqu’à se dérouler entièrement sur la côte bretonne, avec des protagonistes visiblement français: c’est peu dire que tout Rapture respire le cinéma européen à plein nez.

Difficile pourtant de parler de simple contrefaçon face au résultat, plastiquement saisissant (Scope éclatant, plan en hélico ou travellings) mais surtout d’une mélancolie et d’une puissance dévastatrice. Autant que le regard de la douce Patricia, qui ruisselle, qui brille, de toute la tristesse et de toute la beauté du monde.

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Cinéphile déviant, obsédé notoire et italo-disco boy



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